L’Avenir des Médias Moto – Soutien à Cigalou

L’Avenir des Médias Moto – Soutien à Cigalou

Si c'est gratuit, c'est peut-être parce que c'est vous le produit à vendre ?

Avez-vous lu l'article de Cigalou concernant la presse papier moto ? Si vous ne l'avez pas fait, je vous recommande chaudement de le faire en cliquant ici. En gros, Cigalou dresse un portrait de la presse moto et de ses journalistes. Et les conclusions qu'il en tire ne sont pas très très reluisantes…

Vu que je partage une certaine partie son point de vue, j'aimerais aussi apporter un peu d'eau à son moulin. Je ne vous recracherai pas son article, je vous laisse le soin d'aller le lire. Mais en tout cas, c'est vrai qu'il y a de quoi se poser certaines questions quant à la direction que prennent les médias dédiés à la moto.

À mon sens, et pour être tout à fait franc avec vous, je pense à titre tout à fait personnel qu'il s'agit plus d'une histoire de gros sous qu'autre chose… J'ai le sentiment qu'il y a une volonté de la part des journalistes de faire les choses bien. Mais d'un autre côté, j'ai franchement l'impression qu'ils sont bridés par l'annonceur (et leur rédaction par extension). Et c'est vrai qu'au final, cela devient un peu fade. Tout le monde invité par une marque, le même jour, au même endroit, sur le même itinéraire… disons ça manque un peu d'assaisonnement personnel. C'est tellement plus chouette de lire un journaliste qui donne un avis tranché ou qui nous raconte une histoire. Mais en même temps, il est aussi là pour livrer une info plus ou moins telle quelle, pour que chacun puisse se faire son propre avis, non ? Donc au final, pas facile de placer le curseur sur l'échelle du bon et du mauvais.

Ensuite, je pense aussi que le lecteur a également son rôle à jouer dans cette affaire. Le virage du web est entamé depuis longtemps. Certains titres l'ont négocié plus ou moins bien. Et les lecteurs, en ligne de front, se sont emparés du web. Alors la question qui plane est :

"Pourquoi payer pour avoir de l'info que l'on peut trouver gratuitement sur le web ?"

Avouez que ça n'est pas complètement déconnant de se poser cette question, non ? Les machines de guerre du web dédiées à la moto aspirent des millions de lecteurs chaque mois. Et ça, potentiellement au détriment du papier (c'est pas totalement vrai, c'est pas totalement faux). Mais fondamentalement, ce n’est pas dramatique. C'est juste l'évolution des choses. Mais qu'est-ce que ces portails web de la moto livrent réellement aux lecteurs ?

Peu de contenu exclusif, malheureusement… Des choses que l'on retrouve partout, mais surtout et avant tout du contenu de marque (de la publicité sous toutes les formes). Je ne dis pas que c’est mal. Je dis juste qu’il ne faut pas être dupe et qu’il faut bien être conscient de la chose. Donc certes, c'est gratuit, mais si c'est gratuit, c'est peut-être parce que c'est vous le produit à vendre ?

Un site web qui vend son audience à une marque pour vivre et continuer de fournir du contenu, why not ? Mais là encore, le problème de la relation annonceur / éditeur se pose. Et on le voit clairement. Tout le web balance les mêmes infos, au même moment. Donc le web, lui aussi devient de plus en plus fade.

Et c'est là où je me sens con en tant que lecteur, car je me dis :

"Si je paye un magazine papier pour son contenu, et que celui-ci me convient de moins en moins, je retrouve quand même de la pub dedans qui m'est imposée. Et si je ne paye pas et que je vais sur le web, le contenu reste tout aussi fade et en plus je suis à vendre en tant que lecteur. Je me retrouve encore une fois être un peu le dindon de la farce."

"Dites-nous ce que vous voulez, car le WorldSBK peut être à l'image de ce que vous souhaitez vendre."

Enfin, pour appuyer encore une fois sur l'importance de la relation lecteur / éditeur / annonceur, on pourrait extrapoler ceci au sport moto qui, lui aussi, souffre d'un dysfonctionnement similaire au sein de la mécanique spectateurs / promoteur / annonceur. Avec le WSBK qui va bientôt accueillir une nouvelle catégorie roadster, l'exemple entre la relation (foireuse) spectateurs / promoteur / annonceur est encore plus flagrante (et inquiétante). Car savez-vous pourquoi une nouvelle catégorie roadster fera sont apparition au sein du championnat ? Tout simplement car la Dorna se plie aux demandes des constructeurs...

"Une chose que nous (la Dorna) avons dit aux constructeurs, c'est : 'dites-nous ce que vous voulez, car le WorldSBK peut être à l'image de ce que vous souhaitez vendre.' Nous sommes là pour organiser des courses de motos, mais nous sommes également là pour aider les constructeurs à vendre leurs produits. Donc s’ils veulent faire du roadster ou encore du maxi scooter, nous sommes prêt à discuter avec eux. Tout est possible."

Xavier Alonso, Directeur Exécutif du World Superbike

De fait, on constate que même les courses de motos (le contenu) ne sont plus faites pour les spectateurs (les lecteurs)... Elles sont faites pour les constructeurs (les annonceurs)... N'est-ce pas la preuve la plus évidente que nous, les passionnés de moto, sommes écartés de ce milieu et que le contenu que l'on nous propose est totalement biaisé ?

Alors que faire ?

Comme Cigalou, j'ai envie de croire que revenir à un contenu plus authentique, plus pur, plus vrai est possible. Mais est-ce que ça ne serait pas également l'occasion de penser à un autre modèle économique ? Un modèle où les créateurs de contenu et les lecteurs joueraient un rôle. Car lorsque j'écris un article, ce sont les lecteurs les premiers clients de mon travail. Ça ne devrait pas être les annonceurs.

Je crois qu’on a tous un rôle à jouer là-dedans et - pour le moment - j’ai le sentiment que nous n’avons rien créé de vertueux.

Bisous

Tonton Bécane

Crédits images : Joe Bar Team - Editions Vents d'Ouest
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  1. Coucou tonton ;)

    Cet article est bourré de vérités tout comme celui de Cigalou.
    Après se pose un problème c’est comment rentrer des sioux dans tout ça.

    Car ton article et gratuit et dépourvut de putaclic. Donc ça te coûte financièrement parlant de partager ta passion ( mais te rapporte en plaisir et en échanges :) )

    Donc au lieu de parler avec les constructeur pour nous vendre du contenu gratuit la question est : est on prêt a rentrer dans un système ou le lecteur paye plus et les journalistes ont suffisamment de moyen pour être autonomes ? Dans notre ère 2.0 j’ai des doutes sur la faisabilités de telles choses

    Voilou pour mes 2 cts je m’en vais lire et me promener sur tes autres articles. Merci V

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